

Clémence de Lacheze Murel Psychologue clinicienne, praticienne EMDR accréditée
Clémence de Lacheze Murel
Comment fonctionne l’EMDR?
L’EMDR semble agir directement sur le fonctionnement neurologique en rétablissant la capacité du cerveau à traiter l’information. Ainsi, après les sessions d’EMDR, les images, les sons, les sensations et les émotions envahissantes initiales ne sont plus réactivés lorsque la personne repense à l’événement. On se rappelle encore de l’événement, mais sans la détresse intense. On pense que l’EMDR agit de la même manière que la phase de rêve, pendant laquelle les yeux bougent rapidement, ce qui vient faciliter la «digestion» du matériel emmagasiné lors de nos expériences. On peut donc considérer que l’EMDR est une thérapie ayant des bases physiologiques permettant de concevoir les souvenirs perturbateurs sous un angle nouveau et avec moins de détresse.
Selon le modèle de Francine Shapiro, l’information liée au traumatisme serait stockée de manière fragmentée (des images, des sons, des odeurs,…) au niveau cérébral, et ces différents fragments ne seraient pas reliés entre eux, ce qui empêcherait l’intégration (le «classement», «la digestion», la «synthèse») du trauma dans la mémoire.
Francine Shapiro observe que dans le fonctionnement normal, le cerveau est tout à fait capable de traiter des informations chargées émotionnellement, et elle postule l’existence d’un système de traitement d’information spécifique, traitant les souvenirs traumatiques (2/3 des personnes qui ont vécu un traumatisme unique moyennement intense peuvent digérer ce souvenir de manière spontanée sans aide thérapeutique). Ce système de Traitement d’Information Adaptatif (TIA) ne fonctionnerait pas chez certaines personnes.
Lorsque les événements de la vie génèrent trop de perturbation émotionnelle, que ce soient des «grands» traumatismes (viol, accident, attentat, tremblement de terre…) ou des «petits» traumatismes répétés (être humilié dans l’enfance, être le témoin de violentes disputes de ses parents, etc.), ce processus de traitement de l’information ne fonctionne plus. Les conséquences négatives de ce dysfonctionnement sont souvent durables : syndrome de stress post-traumatique, troubles dépressifs, anxieux ou alimentaires, toxicomanies, troubles physiques variés, etc.
On estime que le traumatisme est un blocage du traitement adaptatif de l’information.
Par ailleurs, ce modèle considère les situations actuelles génératrices de souffrance comme des réactivations d’un trauma passé, non résolu et non traité.
L’EMDR est fondé sur un modèle neurologique dans lequel la stimulation alternée des hémisphères cérébraux rétablirait un processus de remise en lien d’éléments de traitement de l’information (émotionnels, cognitifs, physiques) déconnectés par l’événement traumatique.
L’EMDR utilise l’attention bifocale. La personne pense à son expérience passée, parfois avec beaucoup d’émotion et en même temps, elle considère ce qui se produit dans son corps, dans le moment présent, au cours de cette évocation. Cette « double attention », qui est aussi le fait de focaliser son attention à la fois sur ce qui se produit à l’extérieur de soi (les stimulations sensorielles) et à l’intérieur de soi (les images, les émotions et les sensations), faciliterait le processus thérapeutique.